Forum sociale mondiale

MST : ETRE SANS TERRE EST UN FONDEMENT IDENTITAIRE

Forum Social Mondial à Salvador de Bahia : notre collègue Priscilla de Lima visite pour nous les territoires du Mouvement des sans-terre dans l’Etat de Bahia, où ils sont présents depuis plus de trente ans. Reportage
Pricilla de Lima, Bahia, Brésil, 12 mars 2018.
« Je suis sans terre, je le suis vraiment, et c’est la plus belle identité que je puisse avoir ! ». C’est en chantant que les militants du Mouvement des sans-terre (MST) nous ont accueillis ces derniers jours dans leurs territoires occupés dans l’Etat de Bahia. Nous y sommes arrivés en compagnie de Judith Santos, coopérante locale d’E-Changer et fille de militants du MST, et du directeur régional Sebastião Lopes.
 
Le MST occupe les terres où des crimes contre l’environnement sont commis, où il y a de la corruption, de l’exploitation de la main d’œuvre ou de la production de drogue.  Objectif : restaurer la terre à sa fonction sociale d’origine, à savoir la culture : « Les propriétaires fonciers et les grandes entreprises internationales ont appauvri le sol et contribué à la déforestation : si nous n’étions pas là, il y aurait certainement une monoculture, par exemple d’eucalyptus », explique Sebastião Lopes. Au lieu de cela, le « Recanto da Paz » est un campement avec des jardins collectifs où ils cultivent des salades, des légumes, des légumineuses, du manioc, des pommes de terres, des herbes aromatiques et du piment. Ce campement existe depuis 15 ans : on y trouve quelques constructions en maçonnerie, un raccordement routier, de l’eau et de l’électricité. Il manque cependant la légalisation de l’expropriation : le gouvernement fédéral a mis en œuvre la réforme agraire par l’INCRA (Institut national de colonisation et de réforme agraire), l’organe qui reconnaît ensuite aux habitants le droit d’usufruit. « Nous devons faire preuve de patience, encore plus avec le gouvernement Temer -, témoigne dona Ducilene, responsable de l’Etat du MST, qui organise une brigade sur plusieurs territoires -. Actuellement tout est bloqué. Mais nous n’abandonnons pas, même si nous savons que nous devrons continuer les occupations, les manifestations, les protestations ».
 
Au campement  Paulo Cunha le ton ne change pas : « A l’occasion du 8 mars, nous avons mobilisé des milliers de femmes dans l’Etat de Bahia, occupant par exemple une usine d’eucalyptus et de fruits en conserve, explique Dona Edicleia, membre de la direction de l’Etat de Bahia pour le MST. Nous nous battons pour la terre, pour les droits des femmes et contre le coup d’Etat de 2016 ».
L’ « asentamento » a un statut plus avancé que le campement : il a obtenu de l’INCRA l’attribution des terres et des parcelles. Les premières maisons en maçonnerie construites par le gouvernement ont fait leur apparition, mais seulement 17 familles sur 170 ont pu en bénéficier. Dona Kita, par exemple, 57 ans et 10 enfants maintenant adultes, vit seule depuis 6 ans dans sa maison en bois et tôle avec un sol en terre battu, qu’elle a construite elle-même, « Cet endroit pour moi est béni : ici je suis en paix et je peux cultiver la terre » nous dit-elle en nous offrant un verre d’eau qu’elle a elle-même puisé à la source, à plus d’une heure de marche.
 
Ce n’est pas un hasard si nous avons donné la parole à trois femmes : « Le MST implique toujours les femmes au niveau politique et organisationnel, explique Judite Santos. La responsabilité est toujours partagée par un homme et une femme. Le mouvement est contre toute forme de violence contre les femmes et dans le processus de formation des militants, il est très important d’intégrer le concept d’égalité ». Et c’est aussi ce dont nous témoigne Dona Simone, coordinatrice de base : « J’élève mes enfants sans mon mari, qui n’a pas voulu rester à la campagne. Mais ici je n’ai pas besoin d’un homme à mes côtés pour être respectée. Le MST m’a aidé à prendre conscience de mes droits : aujourd’hui je sais quelle est ma valeur, je suis maîtresse de ma vie. J’ai de plus le soutien de mes camarades. Je n’ai pas de mari mais je ne suis pas une femme seule ».
 
« Je suis sans terre ! », ont chanté avec joie les militants lors de notre arrivée à l’expropriation Paulo Cunha. Mais pourquoi puisque lors d’une expropriation l’Etat reconnaît le droit d’usufruit de la terre pour une durée indéterminée ? « Appartenir au MST est une question d’identité qui va au-delà de la terre, il y a une solidarité nationale et internationale entre les sans-terre. Nos principes sont d’occuper, de résister et de cultiver », conclut Sebastião Lopes.
 

Forum sociale mondiale, bahia, Brasile, senza terra, marzo 2018

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